Elene Naveriani | Blackbird Blackbird Blackberry

«Blackbird Blackbird Blackberry» is able to combine sculpture and painting on the cinema screen, in order to tell the story of Etero, hard in defending her freedom and vulnerable in discovering love. Filmexplorer had the chance to meet Elene Naveriani and discuss with them during the Swiss premiere at the Zurich Film Festival.

Text: Giuseppe Di Salvatore | Audio/Video: Guido Henseler

(interview realised in collaboration with LesVideos Zürich for the location)

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Dans son dernier film, Elene Naveriani fait un choix dramaturgique inusuel : le moment de changement pour le personnage principal, Etero, arrive tout de suite, en ouverture du film, et non pas au milieu ou à la fin. Je ne peux que penser à la leçon du tragique grecque Euripide de révéler dans le prologue la suite de l’action, en mettant ainsi l’accent sur le « comment » de l’histoire. Et c’est justement autour du « comment » et des détails de l’histoire d’émancipation d’Etero que Blackbird Blackbird Blackberry est construit.

Les thèmes de critique sociale que Naveriani avait brandi de façon déclarative dans son dernier film, Wet Sand, constituent maintenant le cadre et le fond du récit, les deux dessinés par de simples touches à la clarté impitoyable. Dans ce tableau, c’est la vie psychologique de la protagoniste qui émerge avec une force sculpturale – la force d’une actrice, Eka Chavleishvili, au charisme très puissant. Oui, dans ce film, je vois peinture et sculpture mélangées à la perfection : si l’histoire et son héroïne fièrement anticonformiste sont sculptées par le style minimaliste donc universel de Naveriani, aussi grâce à un décor hautement stylisé, presque à la Roy Andersson, c’est la dimension picturale qui domine l’image. La remarquable caméra d’Agnesh Pakozdi est valorisée par un impressionnant travail sur la lumière, qui est diversifiée selon les fonctions expressives des scènes qui nous révèlent l’univers psychologique d’Etero, à la fois dur et vulnérable. Et nous retrouvons la même variété expressive dans le paysage sonore créé par l’art de Philippe Ciompi, qui sait harmoniser les insertions musicales en tant que véritables figures du récit, et non pas en tant qu’accompagnement en arrière-plan.

Avec Blackbird Blackbird Blackberry nous retrouvons un savoir-faire cinématographique d’une grande puissance qui n’est pas une fin en soi. La forme et l’esthétique sont entièrement au service du cosmos complexe d’Etero et de sa tâche d’assumer l’émancipation qu’elle a su entamer. La révolution intérieure demande le lent travail d’une révolution extérieure, faite de compromis sociaux et de résilience, et la soudaine découverte de l’amour demande la laborieuse acception d’une confiance partagée. C’est tout là l’arc dramaturgique d’Etero, littéralement « autre » et libre comme un merle, à la fois ensemble et en friction avec les autres, les personnes « normales » – ou normées…

Avec ce portrait à la sincérité désarmante, magnifiquement symbolisé par la capacité de Naveriani de filmer la nudité ni pour ni contre le spectateur, la critique au patriarcat s’infiltre dans une histoire d’amour « hétéro » pour se reformuler de façon autant subtile qu’efficace au nom de la tendresse, superbement portée par un homme (un splendide Temiko Chinchinadze), un « chien doux parmi les loups », comme l’appelle Etero. Être libre et amoureuse ensemble – combinaison difficile mais pas impossible qu’on a bien droit de relire en termes de positionnements politiques – est possible. Le vivre (au cinéma) pour le croire !

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Screenings in Swiss cinema theatres 

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Blackbird Blackbird Blackberry | Film | Elene Naveriani |CH-GEO 2023 |  Zurich Film Festival 2023 | CH-Distribution: Frenetic

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First published: October 16, 2023