Pororoca

« Pororoca » est un mascaret, plus précisément une vague qui remonte l'embouchure de l'Amazone quand de fortes marées rencontrent ses eaux. Dans le langage Tupi, en Amazonie, « poroc-poroc » est une façon d’exprimer l’acte de tout détruire. Et le dernier film de Constantin Popescu décrit justement une catastrophe — la désintégration d’une famille à partir de la disparition d’une des deux enfants — du point de vue du père, Tudor, qui lentement passe du rôle de père heureux d’une famille modèle et riche, à celui d’un homme seul et abandonné par tous, affligé par la faute et une société sans compassion.

Malgré le bon tempo et la bravoure du plan séquence de 20 minutes pour la scène de la disparition, le développement de l’histoire apparaît souvent forcé et pas toujours crédible. Le réalisme du style cinématographique contraste avec le choix expressif de mener à son terme le crescendo de solitude et de désespoir de Tudor. Autant le monde extérieur est peu convaincant dans cette histoire, autant Popescu fait preuve d’une incroyable finesse d’observation psychologique vis-à-vis de son personnage principal. Pour cela, la performance de Bogdan Dumitrache est véritablement impressionnante. La parabole qui le porte de la figure du bourgeois satisfait et suffisant à celle d’un dérangé violent — qui rappelle esthétiquement le final de Taxi Driver (Martin Scorsese, 1976) — est incarnée avec une gradualité et une précision extraordinaires.

Pororoca nous fait faire l’expérience de la subjectivation de notre regard, car le film coïncide de plus en plus avec le point de vue de Tudor, en laissant de côté tout éventuel développement en termes de critique sociale ou d’interprétation métaphorique. Au crescendo de la tragédie — accompagné par une progressive désaturation des couleurs — s’ajoute un crescendo de subjectivité, qui se clôt finalement sur une radicale nudité intimiste — celle-ci apparaîtra, selon l’inclination de chacun, un peu trop austère ou bien très pure.

 

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Pororoca | Film | Constantin Popescu | ROM-FR 2017 | 152’ | Cinéma Bellevaux Lausanne

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First published: October 05, 2018