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Mon cousin anglais

Mon cousin anglais

[…] Deux histoires se croisent, aussi tristes l’une que l’autre. L’une parle de l’Angleterre néolibérale et postindustrielle, l’autre des apatrides et des damnés de la terre. Fahed est le trait d’union qui les réunit.

[…] « Mon cousin anglais » est un film qui vous tabasse l’âme, vous soûle de misère humaine et sociale. Il parle […] du sentiment de n’être chez soi ni ici ni là-bas, mais d’habiter dans les limbes.

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[Texte en français - und auf deutsch (unten)]

Le décor : périphérie de ville anglaise, entrepôts aux stores fermés, briques rouges à perte de vue. Un homme qui marche, la quarantaine, mal rasé, l’air à la fois maladroit et nonchalant. Les années fastes sont révolues : le ventre a pris du terrain, les cheveux battent en retraite. T-shirt aux couleurs d’Arsenal, baskets et jogging complètent le tableau. Le tout rythmé par Ghost Town de The Specials. Voilà Fahed Mameri, le « cousin anglais » du réalisateur. Plus de dix-sept ans après avoir quitté l’Algérie, il se retrouve confronté au « Shit Life Syndrome » : se lever tous les jours à 5 h 30, travailler à l’usine, enchaîner avec un job dans un fast-food, rentrer le soir se heurter aux débris de sa relation conjugale. Reste au moins le rêve d’un retour au pays natal. Dernière carte à jouer, ultime illusion à perdre.

Une heure et vingt minutes plus tard, le temps de quelques vagabondages entre le Nord et le Sud, retour à la case départ : banlieue grise et Lumpenproletariat. Regagner l’Algérie s’est avéré un fiasco. Dernière image pour conclure : vêtu d’un maillot de foot anglais, l’air plus triste que jamais, Fahed s’en va de par les faubourgs qui ne savent promettre aucun espoir, condamné à la solitude qui échoit à tous les déracinés. Il n’appartient plus à aucun lieu sur cette terre. La voix déchirante de Line Monty, qui chante Ma guitare, mon pays, est là pour le souligner. Puis générique de fin. Reste seule l’envie de s’arracher le cœur.

Deux histoires se croisent, aussi tristes l’une que l’autre. L’une parle de l’Angleterre néolibérale et postindustrielle, l’autre des apatrides et des damnés de la terre. Fahed est le trait d’union qui les réunit. Mon cousin anglais est un film qui vous tabasse l’âme, vous soûle de misère humaine et sociale. Il parle du moment où il n’y a plus nulle part où aller, quand la vie semble avoir grillé toutes ses cartouches ; du sentiment de n’être chez soi ni ici ni là-bas, mais d’habiter dans les limbes. Karim Sayad n’est pas de ceux qui essayent d’entretenir l’espoir, bien au contraire.

Deux histoires, deux pays. L’Angleterre d’abord. À l’usine, Fahed et ses collègues ont la vie dure. Après le travail, la première maison est le pub. Ensuite seulement vient l’heure de regagner son lit. Entre-temps, on aura peut-être encore regardé la télévision. Encore faut-il avoir la chance de décrocher autre chose qu’un zero-hour contract. C’est bien sûr la faute à Thatcher, mais il ne faut pas oublier Tony Blair. « He was a tory ». À quand les lendemains qui chantent ? En Algérie, la vie n’est pas beaucoup plus riante. On zone, on joue au baby-foot dans la rue le soir, on projette des mariages qu’on finira immanquablement par annuler. Fahed se fait engueuler par sa sœur, qui lui demande de mettre de l’ordre dans ses idées. Le spleen, ici comme ailleurs.

Retour en Angleterre. Ne rien faire cette fois, ne même plus essayer. Regarder la télévision, assis, couché. Parler de son désarroi à un ancien collègue dans un bar douteux, lorsqu’il ne reste plus un seul client. Repartir. Revivre la même désillusion. S’assurer qu’on ne sait résolument plus où l’on a sa place. « At this point life becomes confusing », tranche l’un des cinq intertitres qui jalonnent le film. On retraversera encore une fois la Manche. La dernière ?

Un raccord m’a frappé. Filmée en plan rapproché, la sœur de Fahed s’affaire dans la cuisine, ouvre un sachet de henné. Coupe. Gros plan sur le sachet qui montre un visage de femme à la beauté publicitaire. Ce n’est peut-être pas très élégant d’un point de vue cinématographique, mais le reste du film est monté de manière si fluide que cela ne peut pas être une simple maladresse, ça doit forcément vouloir « dire » quelque chose. Exhiber avec ostentation cette image marketing, c’est pointer du doigt l’abîme qui sépare le quotidien de Fahed de l’imaginaire lisse et riant véhiculé par la publicité, dont les fictions viennent nourrir des rêves destinés à ne jamais pouvoir être satisfaits. Cruel raccord. Parfois, le cinéma fait mal parce qu’il ose dire la vérité.

*

Als Kulisse dient die Peripherie einer englischen Stadt, Lagerhäuser mit heruntergelassenen Storen, rote Backsteine soweit das Auge reicht. Ein Mann schreitet aus, in den Vierzigern, schlecht rasiert, ungeschickt und nonchalant zugleich. Die fetten Jahre sind vorbei: Der Bauch hat Boden gut gemacht, die Haare sind auf dem Rückzug. Ein T-Shirt in den Farben von Arsenal, Turnschuhe und Jogginghose vervollständigen das Bild. Ghost Town von The Specials gibt den Rhythmus vor. Hier kommt Fahed Mameri, der «englische Cousin» des Regisseurs. Mehr als siebzehn Jahre nach seinem Weggang aus Algerien sieht er sich mit dem «Shit Life Syndrome» konfrontiert: Wecker um 5:30 Uhr, Arbeit in der Fabrik, dann einen Job im Fast-Food und am Abend vor den Trümmern seiner Ehe stehen. Wenigstens der Traum, ins Land seiner Eltern zurückzukehren bleibt: Eine letzte Karte ist zu spielen, eine letzte Illusion zu verlieren.

Eine Stunde und zwanzig Minuten später, nach einigem Hin-und-Her zwischen Norden und Süden, geht es zurück auf Feld eins: Graue Vorstadt und Lumpenproletariat. Die Heimkehr nach Algerien wurde zum Fiasko. Das abschliessende Bild zeigt Fahed im einem englischen Fussballtrikot, trauriger denn je. Er zieht durch hoffnungslose Vorstädte, verurteilt zur Einsamkeit der Entwurzelten. Er gehört keinem Ort der Welt mehr an. Eine ergreifende Line Monty singt «Ma guitare, mon pays». Dann der Abspann. Was bleibt, ist der Wunsch, sich das Herz herauszureissen.

Zwei Geschichten, die sich überlagern, eine so traurig wie die andere. Die eine handelt vom neoliberalen und postindustriellen England, die andere von den Staatenlosen und Verdammten dieser Erde. Fahed ist das Bindeglied dazwischen. Mon cousin anglais ist ein erschütternder Film, voller menschlichem und sozialem Leid. Er fängt den Moment ein, in dem man nirgendwo mehr hingehen kann, in dem das letzte Pulver verschossen ist; das Gefühl, weder hier noch dort zuhause zu sein, sondern in der Schwebe zu leben. Karim Sayad gehört nicht zu denjenigen, die versuchen, die Hoffnung am Leben zu erhalten, ganz im Gegenteil.

Zwei Geschichten, zwei Länder. England zuerst. Der Fabrikalltag ist für Fahed und seine Kollegen hart. Nach der Arbeit ist die erste Adresse das Pub. Erst nachher wird es Zeit fürs Bett. Dazwischen schaut man vielleicht noch etwas fern. Es braucht Glück, etwas anderes als einen Zero-Hour Contract zu bekommen. Das ist natürlich die Schuld von Thatcher, aber Tony Blair sollte nicht vergessen gehen: «He was a tory». Wann bricht die glückliche Zukunft an? In Algerien ist das Leben nicht viel lustiger. Rumhängen, abends auf der Strasse Tischfussball spielen, Hochzeiten planen, die unweigerlich abgesagt werden müssen. Fahed wird von seiner Schwester angefahren, sein Leben auf die Reihe zu kriegen. Trübsinn, hier wie anderswo.

Zurück in England. Diesmal nichts tun, es gar nicht erst versuchen. Fernsehen im Sitzen und im Liegen. Mit einem ehemaligen Kollegen in einer zwielichtigen Bar über seine Verzweiflung reden, wenn der letzte Gast längst gegangen ist. Weggehen. Immer die gleiche Ernüchterung. Sich vergewissern, dass man bestimmt fehl am Platz ist. «At this point life becomes confusing» heisst einer der fünf Zwischentitel des Films. Wir werden den Kanal wieder überqueren. Zum letzten Mal?

Ein Schnitt ist mir besonders aufgefallen. In Grossaufnahme beschäftigt sich Faheds Schwester in der Küche damit, eine Henna-Packung zu öffnen. Schnitt und Zoom auf die Tüte, auf der das Gesicht einer Schönheit aus der Werbung zu sehen ist. Das mag filmisch nicht sehr elegant sein, doch ist der restliche Film so flüssig geschnitten, dass es sich kaum um ein simples Missgeschick handelt; diese Montage will etwas «aussagen». Dieses Marketing-Bild so nachdrücklich zu zeigen, bedeutet, mit dem Finger auf den Abgrund zu deuten, der Faheds Alltag von der glatten, lächelnden Illusion der Werbung trennt, deren Versprechen Träume nährt, die sich nie erfüllen werden. Es ist ein grausamer Schnitt. Manchmal tut das Kino weh, weil es sich traut, die Wahrheit zu sagen.

(Transl.: Ursula Pfander)

First published: January 23, 2020

Mon cousin anglais | Film | Karim Sayad | CH 2019 | 82’ | Solothurner Filmtage 2020

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