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Rafiki

La réalisatrice kényane Wanuri Kahiu s’était fait remarquer à Sundance avec son court-métrage Pumzi, une fable de science-fiction qui avait pour décor un Kenya post-apocalyptique. Elle porte cette fois à l’écran l’histoire d’amour proscrite entre deux jeunes femmes. Un long parcours du combattant pour la cinéaste qui explique qu’elle est parvenue à réunir les fonds de financement du film (adaptation de la nouvelle Jambula Tree) après sept longues années.

Dès les premières scènes du film, la figure de proue d’une buvette de quartier, Mama Atim, donne le ton. Dans la ville, les ragots vont vite, très vite. Lorsqu’au détour d’une rue Kena (Samantha Mugatsia) rencontre l’expansive Ziki (Sheila Munyiva) et en tombe presque immédiatement amoureuse, on s’attend à ce que l’opprobre s’abatte sur le couple, qu’il soit séparé et qu’au sentiment de plénitude se substitue la béance du manque. Pour ne rien arranger, Kena et Ziki sont les deux filles de candidats aux élections locales. Deux clans s’affrontent, et voilà que frappe à nouveau la puissance de feu shakespearienne ! Dans la cour d’une boîte de nuit, ou à l’arrière d’un van parqué au milieu de nulle part, le couple se cherche un espace d’intimité.

Dès lors, on s’abandonne facilement au charisme des deux protagonistes. Wanuri Kahiu s’autorise très gros plans et ralentis lorsque les deux amoureuses se rejoignent et brusque la mise en scène à l’aide d’une caméra portée frénétique lorsqu’elles sont violentées. À noter que la palette de couleurs pastel et pop de l’image de Christopher Wessels participe au langage cinématographique exubérant de Rafiki, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Même s’il peut être associé à un tour de passe-passe dramatique, le chassé-croisé qu’entraîne le combat intérieur des deux filles fonctionne. En réaction à l’environnement qui leur est hostile, chacune à leur tour, Kena et Ziki vont se repousser. Kena ira jusqu’à dire sur le ton du reproche à Ziki : « tu n’es rien d’autre qu’une simple et typique fille kényane ».

Après avoir été autorisé sept jours, Rafiki reste interdit de diffusion au Kenya en raison « de son thème homosexuel et de son but évident de promouvoir le lesbianisme, ce qui est illégal et heurte la culture et les valeurs morales du peuple kényan » — selon le Kenya Film Classification Board. Si les pleins feux ont été mis sur le métrage en raison des rebondissements liés à son interdiction, ce dernier vaut le détour — bien qu’il repose davantage sur l’alchimie entre les deux actrices, dont on peine à croire qu’il s’agisse de leur première expérience devant la caméra, que sur le brio d’une mise en scène en réalité très conventionnelle. (MB)

 

First published: October 24, 2018

Rafiki | Film | Wanuri Kahiu | KEN-ZA-DE-NL-FR-NO-LB 2018 | 83’ | ZFF 2018, Everybody’s Perfect Genève 2018

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