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Parasol

[…] D’ailleurs, plus que son final, je trouve que c’est justement cette insistance radicale sur le même thème à constituer la force de «Parasol» – qui, il faudra le rappeler, se couple toujours à une photographie riche et éclatante.

[…]. Car l’immuabilité d’un monde sans pitié, où les relations humaines sont réduites à leur égoïsme de base, à leur noyau d’animalité, est bel et bien la vérité de certains lieux de vacances, est bel et bien la réalité du dimanche de l’homme occidental.

Valéry Rosier nous plonge à Majorque, en pleines vacances. Et elle nous dévoile tout de suite son regard : lucide, sarcastique, voire cynique, sur un marché du divertissement et de la détente fait de… fun (difficile de trouver un mot aussi efficace) et en même temps d’idiotie et de violence. C’est justement la présence de la violence, souvent en filigrane avant qu’elle n’explose, qui lui permet de soutenir avec de la tension dramatique, et quelquefois du véritable suspense, un film par ailleurs dur et sec, tout plongé dans une esthétique qu’on pourrait rapprocher des films de Ulrich Seidl.

Mais si Seidl approfondit rarement la personnalité individuelle de l’être humain— sauf pour en faire un paradigme, un exemple pour toute une catégorie –, Rosier aime donner un contour plus complexe à ses trois figures principales, qu’on suit parallèlement : Alfie – the English boy, Annie – la mémère belge, Pere – le looser local. Bien entendu, il ne s’agit pas de l’un de ces films où les personnages sortent de leur statut d’éternels perdants. De ce point de vue, Parasol insiste sur la même note à travers tout un caléidoscope de variations sur un thème : il tape sur la même note comme le soleil sans pitié de l’été de Majorque. Du coup, on ne peut que ressentir une certaine répétitivité dans la deuxième partie du film. Il faudra attendre la conclusion pour assister à un moment d’évolution, sinon de libération chez Alfie, Annie et Pere.

D’ailleurs, plus que son final, je trouve que c’est justement cette insistance radicale sur un même thème qui constitue la force de Parasol — ceci, il faudra le rappeler, se couple toujours à une photographie riche et éclatante. Car l’immuabilité d’un monde sans pitié, où les relations humaines sont réduites à leur égoïsme de base, à leur noyau d’animalité, est bel et bien la vérité de certains lieux de vacances, est bel et bien la réalité du dimanche de l’homme occidental. Ce film a donc pour moi une couche existentielle, voire métaphysique, qui émerge seulement si l’on ne résiste pas, en tant que spectateur, à l’apparente outrance de négativité qui domine les petites histoires de nos trois figures. Une couche de désespoir et de solitude qui se répand systématiquement sur le foyer familial, peint pour chaque cas dans toute sa désolation. C’est donc dans la vérité “documentaire” de la vacance — à son niveau saisonnier comme existentiel — que réside la valeur du film, lequel risquerait autrement d’être répétitif dans sa ligne esthétique et dramatique toute (trop) droite.

Voilà, tout peut se résumer dans le thème musical de Greensleeves qui émaille tout le film : un thème anglais joué sur une mandore espagnole (…), qui se plaît dans sa répétition circulaire et dit l’hypnose un peu débile des vacances, et ensemble la solitude fondamentale de l’être humain. Une solitude possiblement heureuse.

Text: Giuseppe Di Salvatore

First published: August 22, 2016

Parasol | Film | Valéry Rosier | BE 2015 | 75’ | Cinéma Bellevaux Lausanne

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