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El cuento de Antonia

[…] La caméra de Jorge Cadena a su saisir le regard de la fillette, où personnes et nature, comme ces cheveux au vent, sont traversées par un seul courant envoûtant, où le père ou la Vierge-Marie deviennent des corps géants, monstrueux, peut-être les symboles de deux idéologies opprimantes : le machisme et la religion.

De El cuento de Antonia, il nous restera certainement l’image du visage de la jeune fille, partiellement couvert par ses cheveux agités par le vent. Mais aussi l’île des pêcheurs avec son improbable voie ferrée, ses maisons délabrées, ses figures usées par la vie ou pulsantes de jeunesse. La caméra de Jorge Cadena a su saisir le regard de la fillette, où personnes et nature, comme ces cheveux au vent, sont traversées par un seul courant envoûtant, où le père ou la Vierge-Marie deviennent des corps géants, monstrueux, peut-être les symboles de deux idéologies opprimantes : le machisme et la religion.

Et de ce film colombien nous restera aussi, certainement, le paysage sonore, si prégnant et si présent. Sa force souligne une intériorité qui semble capable de se détacher de ce qu’elle voit, une intériorité qui ressent la réalité dans l’instant et a posteriori, sur le mode du pur vécu. Car le récit d’Antonia (el cuento de Antonia) n’est rien d’autre que la remémoration de son enfance par une jeune femme qui s’initie à la vérité grâce au fait de raconter, d’exprimer, voire de vérifier son récit. Ce rite d’initiation, quelque part ésotérique, mais pas anodin, ouvre effectivement le film et explicite un engagement dont témoigne le récit lui-même. Jorge Cadena tient sa promesse, car à travers ce récit aux tonalités rêveuses il touche brièvement et efficacement plusieurs questions, sur la religion, la politique, la relation parentale, le machisme, les espoirs de la jeunesse, l’aspiration à la liberté, l’urgence de la poésie — autant de questions nouées autour des moments fragiles et précieux du passage à l’âge adulte et de l’acceptation du rôle de femme.

El cuento de Antonia est un film émouvant et direct, mais en même temps complexe et riche, qui donne ainsi au spectateur la vive sensation de la découverte du monde et la possibilité d’une réflexion sur l’individu et sur la société. Le cinéma montre ici toutes ses potentialités, dans une démonstration narrative qui coïncide avec l’acte de création.

Text: Giuseppe Di Salvatore
First published: January 28, 2017

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