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Mustang

[…] Après le travail extraordinaire de Esen Isik avec «Köpek», «Mustang» apporte un regard un petit peu plus optimiste sur la Turquie, “sauvée” – comme les deux filles les plus jeunes dans le final – exclusivement par les ouvertures d’esprit possibles à Istanbul.

La Turquie est un lieu charnière, entre l’Europe et le Moyen-Orient, entre la liberté et la répression. Ce constat géopolitique et social est pleinement exprimé dans le film Mustang, premier long-métrage de Deniz Gamze Ergüven. Le film a d’ailleurs été tourné près de Trabzon, ville qui fut longtemps la charnière du monde entier, car elle était le pont commercial entre Orient et Occident. C’est à un âge charnière, encore, que se trouvent les cinq protagonistes féminines du film, entre la vitalité insouciante de la puberté et la charge du rôle social de femme adulte, si étriqué et inhumain dans ce village de la Turquie profonde. L’histoire se déroule à travers un tempo magnifique, même si l’insistance sur une caméra trop agitée fatigue inutilement la vision, en cherchant à restituer un peu naïvement la fraîcheur des jeunes filles. Ergüven montre dans tous les cas un grand talent dans la narration filmique, qui résulte toujours convaincante dans sa vraisemblance. Après le travail extraordinaire de Esen Isik avec Köpek, Mustang apporte un regard un petit peu plus optimiste sur la Turquie, “sauvée” – comme les deux filles les plus jeunes dans le final – exclusivement par les ouvertures d’esprit possibles à Istanbul. À ce brin d’espoir, dans tous les cas, la culture machiste et les humiliations faites aux femmes que dénonce le film font un lourd pendant. D’une manière générale, la polarisation entre liberté et règles sociales, quand elle se trouve superposée à une distinction nette entre bien et mal, devrait être abordée avec plus de complexité par un cinéma qui tend à poser sur l’Occident un regard tout chargé de mythologie. Dans le cas particulier de Mustang et de la thématique de la femme en Turquie, on pourrait dire qu’il faut se permettre d’être si net. Un film comme Mustang, qui sait bien émouvoir sans perdre en rigueur réaliste, est donc particulièrement bienvenu. On ne rappellera jamais assez à quel point les conflits du Moyen-Orient sont largement dépendants du conflit entre l’homme et la femme, qui est loin d’avoir trouvé une solution pacifique.

Text: Giuseppe Di Salvatore
First published: May 04, 2016

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