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Primero Enero

[…] Mais c’est justement par le léger frôlement que la sensibilité s’avive, et ce sont donc les petites touches de l’histoire, les détails, qui donnent son intensité à ce film apparemment immobile.

[…] La caméra de «Primero Enero» sait magnifiquement assumer cette hypersensibilité de l’enfance, en nous restituant une véritable passion de l’image. Il y a une mélancolie des choses qui reste en constante tension avec les grandes manœuvres de la vie, et qui fait résistance contre les changements et l’avancée de l’âge.

Père et fils vont en vacances dans une maison plongée dans la nature. Pendant le voyage en voiture, ils sont accompagnés par les tangos d’Osvaldo Pugliese, un classique qui parle le langage urbain des grandes villes argentines. Mais d’autres classiques, ceux de la mythologie grecque, s’entremêlent à la musique à travers les premiers mots échangés entre nos deux protagonistes, et ainsi anticipent le paysage idyllique qui les attend. Dans le cadre paradisiaque de leurs vacances, l’urbain continuera à côtoyer le naturel, sous la forme invisible de l’absence de la mère, qu’on découvre désormais séparée du père du petit Valentino. Le drame de cette séparation, qui ne se montre directement qu’à travers les petits caprices de l’enfant, coule comme une rivière souterraine dans ce qui a l’apparence d’un paisible récit pastoral.

Primero Enero est un film dont le discours se construit par des événements apparemment secondaires : l’apparition angélique d’une petite fille, projection de la mère absente et préfiguration de l’émancipation du petit Valentino ; l’abattage d’un agneau, avec lequel la mythologie classique prend une forme charnelle et troublante ; l’ascension de la montagne, à la fois tradition familiale et rite de détachement. Chaque petit geste de cette histoire qui raconte le quotidien exprime le deuil de la famille désintégrée, qui pour Valentino signifie un pas forcé vers l’âge adulte — d’ailleurs souligné par la voix curieusement basse de l’enfant. Dans la suspension de la vacance, le passé et le futur envahissent continuellement le présent : la maison de famille va être vendue pour que le père puisse acheter un appartement plus proche de l’école de Valentino ; il apprend à son fils à jouer aux cartes pour le préparer aux futurs jeux avec ses compagnons plus âgés ; il abat un arbre puis en plante un nouveau avec Valentino ; une vieille lampe bonne à jeter sera le cadeau du fils à la petite fille, quand il lui adressera enfin la parole ; elle est là en vacances pour la première fois, lui pour la dernière.

La beauté de Primero Enero est dans le fait que ce drame du renouvellement, composé de deuil et de promesses, est tissé délicatement sur un paysage de paix et de bonheur. Mais c’est justement par le léger frôlement que la sensibilité s’avive, et ce sont donc les petites touches de l’histoire, les détails, qui donnent son intensité à ce film apparemment immobile. Darío Mascambroni réussit ainsi à intégrer la perception de l’enfant, qui est à l’écart des grands discours et des évaluations pondérées puisqu’elle est plutôt ponctuée par des petits gestes, des objets insignifiants, des décisions modestes, toutes chargées d’émotions fortes. La caméra de Primero Enero sait magnifiquement assumer cette hypersensibilité de l’enfance, en nous restituant une véritable passion de l’image. Il y a une mélancolie des choses qui reste en constante tension avec les grandes manœuvres de la vie, et qui fait résistance contre les changements et l’avancée de l’âge.

Si la mythologie est la tentative de fournir une synthèse de la complexité de la vie, l’histoire de cette relation proche et distante entre un père et un enfant à la recherche d’une nouvelle alliance, sait déployer toute la complexité d’une vie qui change, qui se transforme ; et cela à travers un conflit habilement orchestré entre la poésie et la prose du film. Un autre tango d’Osvaldo Pugliese ferme le récit de Primero Enero, mais il a désormais une tout autre saveur : Valentino, maintenant, pense peut-être moins à la mère qui est restée en ville, et plus à la petite fille laissée au bord de l’étang…

Text: Giuseppe Di Salvatore

First published: April 07, 2017

Primero Enero | Film | Darío Mascambroni | ARG 2016 | 65’ | FIFF 2017

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