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Théo et Hugo dans le même bateau

[…] C’est peut-être l’occasion de redécouvrir le naturalisme au cinéma, dans une version inhabituelle et convaincante, car privée de tout vouloir-dire (vertu rare au cinéma, surtout en France).

[…] Ensemble, ces nuances dessinent le portrait complexe de ce que signifie “vivre avec” : vivre avec le virus, vivre avec l’autre, s’exposer et rester soi-même, s’avouer et se mettre en jeu.

Les vingt premières minutes du film sont tournées dans un club de plaisir homosexuel, précisément dans la salle du sous-sol, “consacrée” au sexe de groupe. Ducastel & Martineau ne nous épargnent pas les détails, mais nous plongent directement dans le plaisir des corps à travers une caméra habile, qui sait éviter la pornographie tout en témoignant de façon extrêmement explicite des évolutions amoureuses des clients du club. Nous ne sommes pas choqués mais touchés, aussi car c’est ainsi que prend forme le récit de Théo et Hugo, de leur rencontre foudroyante — rencontre des visages d’abord, puis des corps, des sexes. Avec l’exceptionnalité de leurs sourires, les deux individualités émergent de la confusion des corps, se détachent du club pour se lancer dans les rues presque vides de la nuit parisienne. Le récit de la rencontre devient récit d’un parcours de partage, qui se complique assez vite avec la découverte de la séropositivité de Hugo, et d’un rapport non protégé. Entre l’hôpital et les rues de Paris, le duo de metteurs en scène suit nos deux héros en temps réel — les 97 minutes du film — dans une relation tout de suite très forte, donc fortement bouleversée par des épreuves importantes, le tout avant le lever du soleil. Théo et Hugo dans le même bateau est un film simple, qui raconte simplement le début d’une histoire d’amour, mais avec une honnêteté et une sincérité qui frappent. À travers ces personnages jamais stéréotypés, pris dans un drame où la peur et la joie alternent de façon assez vraisemblable, nous touchons à un réalisme très fidèle, qui veut s’écarter de toute convention — sur l’amour, l’homosexualité, le SIDA. C’est peut-être l’occasion de redécouvrir le naturalisme au cinéma, dans une version inhabituelle et convaincante, car privée de tout vouloir-dire (vertu rare au cinéma, surtout en France). S’il y a une volonté, dans ce film, elle est dans la recherche de la beauté du réel, qui passe à travers une histoire de bonheur — ce qui est typiquement le plus difficile à raconter à l’écran. Et la réussite de ce film de bonheur passe certainement par les nuances qui l’enrichissent : les nuances chez Théo et Hugo — ce dernier joué par un extraordinaire François Nambot —, les nuances d’une dramaturgie jamais statique, les nuances descriptives dans les scènes des autres rencontres pendant les 97 minutes filmées. Ensemble, ces nuances dessinent le portrait complexe de ce que signifie “vivre avec” : vivre avec le virus, vivre avec l’autre, s’exposer et rester soi-même, s’avouer et se mettre en jeu. À six heures, dans un climax de bonheur, Théo ose quitter sa chambre de bonne, y laisser son portable, accepter les incertitudes d’une possible maladie et se confier pleinement à son aimé.

Text: Giuseppe Di Salvatore

First published: July 09, 2016

Théo et Hugo dans le même bateau | Film | Olivier Ducastel, Jacques Martineau | FR 2016 | 97’

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