50. Schweizer Jugendfilmtage

Cette année FILMEXPLORER a choisi de se concentrer sur, et se laisser inspirer par, les cinéastes de moins de douze ans pour découvrir des « pépites aussi bien formelles que thématiques » – comme le dit Morgane Frund, qui nous accompagne dans l’exploration du cinéma suisse le plus jeune.

 

Mille voix, mille histoires : le récit jeune et collectif

Les Jugendfilmtage sont le plus grand festival de cinéma suisse dédié aux jeunes et très jeunes cinéastes. Les films sont sélectionnés et programmés dans cinq catégories (de A à E), en fonction de l’âge des participant·e·s.

La catégorie A s’adresse à des cinéastes de moins de douze ans, qui peuvent avoir bénéficié du soutien d’adultes ou de leur école pour la production de leur film. On sent que certaines œuvres ont été réalisées très spontanément, alors que d’autres sont nées dans un processus plus long, avec un accompagnement pédagogique. Dans les deux cas, ces films révèlent des pépites aussi bien formelles que thématiques, et nous offrent une fenêtre essentielle sur le regard des plus jeunes.

Déjà, les manières de raconter font éclater toutes les cases habituelles. On peut annoncer face caméra quel film on va faire, comme si on présentait quelqu’un sur scène. Les voix off sont aussi très créatives. La narration peut être interprétée par de nombreuses personnes différentes et changer ainsi de timbre à chaque phrase. Ou au contraire, une seule voix peut prendre en charge les dialogues de tous les personnages en parlant différemment à chaque fois.

L’usage des répétitions est aussi très présent. Il y a quelque chose de l’ordre du conte : plusieurs personnages, plusieurs rencontres avec à chaque fois des petites variations. Par exemple dans Le Machin, chaque animal décide d’utiliser un objet mystérieux différemment, jusqu’à ce qu’un humain sorte de l’eau et révèle qu’il s’agissait de sa culotte, créant ainsi une résolution amusante à cette chaîne de répétition.

Les univers sont aussi pensés avec une grande attention au détail. Das grosse Rennen von Nonaco multiplie les personnages lors d’une course automobile, chacun ayant des caractéristiques propres. Des indices visuels nous donnent à voir tout un petit « système ». Le circuit devient alors un monde dans lequel chaque personnage a son rôle et son histoire individuelle. Dans Axel auf der Reise, ce sont les nombreuses planètes et leurs habitant·e·s qui ont chacun·e une forme originale, certains aliens étant même « carrés ».

Dans ce même film, on constate une utilisation radicale des ellipses : les dialogues longs et compliqués sont tout simplement sautés à l’aide d’un « une heure plus tard ». Je ne connais aucun·e réalisateur·ice adulte qui oserait ce geste aussi radical, alors qu’il fait totalement sens. Ici, ce qui est important, c’est de savoir que les personnages ont passé une heure ensemble, pas ce qu’iels se sont dit. On n’a pas le temps pour le contenu accessoire.

On sent une urgence chez les jeunes cinéastes, en particulier pour certains thèmes. Une sensibilité pour la question de la « responsabilité » est présente. effetto farfalla nous invite par exemple à apprendre de nos erreurs et à être conscient·e des conséquences de nos actes. Il futuro su questa strada-il domani è nelle nostre mani aborde directement le sujet de l’écologie et pose la question de comment convaincre les personnes qui n’y accordent pas d’importance. Hallo Tod s’interroge sur la mort et les croyances de l’après avec notamment une question très concrète et originale : comment les personnes préhistoriques percevaient-elles la mort ? Quand a-t-on compris pour la première fois que l’on mourrait ? Et finalement, le vainqueur de la catégorie, Melodie der Angst, aborde l’agoraphobie et ses conséquences dans les relations sociales avec une justesse et une douceur impressionnante. La sincérité du jeu des comédien·ne·s est particulièrement touchante, et l’on sent une envie forte de parler des questions de santé mentale.

Cela se mêle aussi parfois à une grande fantaisie : on peut attirer la nuit dans une boîte à biscuit pour l’enfermer et ne jamais dormir. Des toilettes permettent de voyager dans le temps. Un robot aspire des patates avec son bras pour en ressortir des chips. Le petit chaperon rouge harcèle mystérieusement une classe de primaire qui décide de lui venir en aide. Des problèmes de mathématiques pris trop littéralement peuvent aboutir à un kidnapping. Bref, ces films nous apprennent à trouver le jeu à des endroits inattendus, et nous rappellent la multitude de lieux où on peut découvrir des histoires. D’ailleurs, quand le lapin de Le lapin, la nuit et la boîte à biscuit libère enfin la nuit, elle lui offre une « surprise » : les histoires qu’elle nous raconte dans notre sommeil.

50. Schweizer Jugendfilmtage | 11-15/3/2026

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