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Wilcox

Wilcox

Qui est-il, un soldat sorti des rangs, en fuite, un esprit libertaire mû par quelque folie, un survivaliste ? Fait-il partie de ces hommes décidés à disparaître du monde, à la façon de Christopher McCandless, devenu personnage du film de Sean Penn, Into the Wild (2007) ?

Ici, cet homme d’une trentaine d’années porte équipement de soldat, sans arme cependant ; il marche au jour le jour avec une énergie rageuse au travers de paysages déserts et sauvages. L’automne approche. Le film trace son parcours de solitude, émaillé de rares rencontres et menus larcins, en une geste en vaine quête de sens. Denis Côté, cinéaste québécois auteur de récits énigmatiques et souvent marqués de violences (voir Curling, 2011 et Vic et Flo, 2013), ne révélera rien des motivations de ce personnage, ni de son passé, ni de ses projets. Tourné avec moins de 15 000 dollars en équipe très réduite, résolument en dehors des circuits de production établis, le récit est résolument énigmatique et d’une progression faisant l’économie de tout événement saillant.

La présence à l’image de Wilcox, son nom sur sa vareuse, son corps, son visage impassible, même lors de la crise de larmes qui l’étreint, témoignent étrangement d’une absence au monde dans lequel il cherche refuge, dans une cabane, un bus abandonné, et dont il prend la fuite. Il porte attention à sa condition physique et s’entraîne aux gestes de combat en vue d’une hypothétique survie, mystère. La partition sonore du film participe de cette dramaturgie à double détente. Wilcox est ancré de façon réaliste dans la nature dont les sons, les bruits de ses pas sur le sol, déclinent leur riche variété d’effets naturels. Par ailleurs, à ces séquences répond une partition musicale minimaliste signée Roger Tellier Craig, qui instille au creux du film une atmosphère d’étrangeté, de méditation anxieuse.

Rares sont les cinéastes qui sollicitent ainsi leurs spectateurs sans leur proposer une identification empathique avec un personnage principal. Ce gars-là est une figure abstraite, habitée d’énergie vitale et de désespérance mortifère, sur laquelle nous n’avons pas de prise. Point d’empathie sollicitée par Denis Côté, mais une provocation roborative à nous interroger quant à nos solitudes contemporaines.

  

First published: August 28, 2019

Wilcox | Film | Denis Côté | CAN 2019 | 66’ | Locarno Film Festival 2019

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