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Vif-Argent

Vif-Argent

Je n’ai pas été étonné de découvrir que Stéphane Batut, dont c’est la première expérience en tant que réalisateur de longs-métrages, a un passé de directeur de casting. Les deux figures principales de Vif-Argent, Juste et Agathe, sont complexes, riches, évolutives. Thimotée Robart (à son premier rôle !) et Judith Chemla brillent et font briller un récit qui explore les limbes entre la vie et la mort avec beaucoup de sensualité. Si la narration se déploie au niveau des hallucinations, des fantômes, des rêves, elle ne tombe pourtant pas dans le compte allégorique, car Batut structure le film par des scènes de grande intensité émotionnelle, avec une attention réaliste aux détails. Vif-Argent sait donc occuper un espace intermédiaire entre le registre mythologique — comment ne pas penser à Orphée — et celui du quotidien, un espace qui coïncide avec le XIXe arrondissement de Paris, magnifiquement mis en image — et en couleurs… — par Céline Bozon. Il s’agit d’un monde transfiguré et imaginé, qui sait encore rester un lieu de découverte.

Le cinéma de Stéphane Batut est un cinéma de récit, de récits dans les récits, donc solidement ancré dans une certaine tradition française. Mais il est aussi — et ici il me semble se distinguer nettement des productions françaises contemporaines — un cinéma qui aime mélanger réel et fictif à l’écran, qui ose montrer des fantômes, des morts vivants, peut-être des anges. Nous avons besoin de beaucoup de temps pour rentrer dans cet espace onirique, où les souvenirs se matérialisent — un peu à la Apichatpong —, mais il s’agit d’un parcours où la difficulté de compréhension nous accompagne dans une sorte de lent chemin de désintoxication du regard clinique où Juste est initialement placé.

L’intrigue aurait peut-être pu se passer de quelques développements un peu tordus, difficiles à suivre, qui alourdissent le lyrisme du film (par exemple Juste, le mort vivant, meurt une deuxième fois, sans mourir vraiment, mais en passant à un nouveau stade de mort vivant, où non seulement il n’est pas vu par les vivants — et cela seulement par moments, à vrai dire — mais lui-même ne peut plus voir les vivants, sinon indirectement). Or, peut-être Batut a-t-il voulu tout simplement nous amener à un moment où nous ne pouvons qu’abandonner le souci de compréhension pour embrasser une parfaite confusion du souvenir et du présent, de l’imaginé et du réel. Car dans l’état d’urgence existentielle qui émerge au frottement de la mort avec la vie, la connaissance et la certitude cèdent la place à ce que l’on voit — réel ou fictif — à ce que l’on croit, à ce que l’on sent.

  

First published: November 17, 2019

Vif-Argent | Film | Stéphane Batut | FR 2019 | 106’ | Geneva International Film Festival 2019

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