Sorry, Baby
[…] Son premier mérite est d’avoir des choses à dire, et de les dire à un bébé (belle métaphore : comme le public, cet être incapable de marcher est dans l’impossibilité de répondre).
Text: Emilien Gür
Chronique d’un été
L’été s’achève. Avec lui, la saison des blockbusters et des petits films fragiles. À celles et ceux qui cherchent à se mettre quelque film sous l’œil pour se rincer la dent, on conseille de se dépêcher de rattraper Sorry, Baby. À défaut d’avoir été le blockbuster de l’été, il en fut le joli film fragile par excellence – sachant que la société de production en vogue A24 se cache derrière ce produit culturel, on ne saurait parler de joli petit film fragile. Son premier mérite est d’avoir des choses à dire, et de les dire à un bébé (belle métaphore : comme le public, cet être incapable de marcher est dans l’impossibilité de répondre). Ce dernier n’aura pas eu à attendre longtemps avant qu’un adulte lui apprenne que la vie est de la merde (pour des raisons tristement valables) mais qu’il y a quand même quelques personnes sur lesquelles compter. L’exercice est casse-gueule, cela aurait pu être niais, mais ce n’est pas tout à fait le cas grâce au talent de l’actrice qui joue le rôle non pas du bébé, mais de l’adulte : Eva Victor, qui signe également la réalisation du film. Rappelons que la comédienne, et maintenant cinéaste, s’est fait connaître par des vidéos satiriques postées sur Instagram. Raison de croire qu’il se passe des choses non dénuées d’intérêt sur ces terres éloignées de la cinéphilie classique.
La force du film tient à une scène. Le personnage principal se rend chez son directeur de thèse pour un entretien. On voit Eva Victor, actrice, disparaître dans la maison, tandis qu’Eva Victor, cinéaste, reste dans la rue. Elle filme la demeure et le temps qui passe. Un silence s’installe, accentué par les quelques bruits du voisinage, et on sent que ce n’est pas bon signe. La violence – on apprendra plus tard que le personnage a été agressé sexuellement par son professeur – a lieu hors champ, contenue par les quatre murs de la maison bourgeoise. Une idée de cinéma, une idée simple, une idée tout court. On se souvient de Laurent Achard qui, dans un des plus beaux courts-métrages qu’on connaisse (La peur, petit chasseur, 2004), filmait la même idée : une maison au bord d’une voie ferrée, un après-midi d’hiver, un petit garçon dans le jardin et soudain des cris venus de dedans la demeure, la violence conjugale qui détruit tout sur son passage. Les souvenirs de l’été s’éclipsent vite, mais on a la certitude que ce plan nous accompagnera durant l’hiver. Celles et ceux qui n’ont pas envie d’attraper froid feraient bien d’aller voir ces images par elles et eux-mêmes.
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Screenings in Swiss cinema theatres
Info
Sorry, Baby | Film | Eva Victor | USA 2025 | 104’ | CH-Distribution: Filmcoopi
First published: September 15, 2025