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Nostalgia

Nostalgia

Screenings in Swiss cinema theatres

Un homme quitte sa ville natale après avoir été complice d’un crime, la retrouve quarante ans après, à l’occasion d’une visite à sa mère. Il a beau n’être que de passage, il n’arrive pas à repartir. La ville est Naples, l’homme (Felice) est joué par Pierfrancesco Favino. Celui-ci n’incarne pas tant un personnage, article tombé en obsolescence, relégué aux séries, qu’il ne livre son corps à la ville, promène son regard d’adulte sur les quartiers de son adolescence, et c’est déjà beaucoup puisque le cinéma n’a jamais été que ça : un regard porté sur le monde.

Objet de son regard, Naples devient peu à peu celui de son désir. La ville, porteuse de souvenirs, séduit Felice. À travers ses errances se dessine une géographie urbaine à la charge érotique flagrante. Lorsqu’il flâne, Felice ne fait rien d’autre que flirter avec les dédales de ruelles, les pavés glissants, les courbes sinueuses des longues avenues. Jeu dangereux, où la tentation de replonger dans son passé criminel le guette à chaque coin de rue. Quand son complice d’alors refait surface, les jeux sont faits depuis longtemps. Menacé, Felice reste : même si la mort est le prix à payer, il ne cède pas sur son désir. Jacques Lacan aurait aimé.

Nostalgia convoquera aux cinéphiles la mémoire d’un autre grand film de l’errance urbaine : Dans la ville blanche d’Alain Tanner (1983), l’histoire d’un marin suisse (sic) qui au terme d’une escale à Lisbonne, décide de ne pas regagner son navire. Là où le matelot interprété par Bruno Ganz se donne à une ville qu’il ne connaît pas, Felice se rend à la métropole de son enfance et adolescence. Dans chacun des films, le même arrachement au cours linéaire du temps (celui du travail et du capital) pour explorer ses fissures, se laisser emporter par ses courbes. Condition sine qua non pour qu’un regard puisse être porté et perpétrer l’existence de cette chose fragile qu’on appelle cinéma.

 

First published: December 29, 2022

Nostalgia | Film | Mario Martone | IT 2022 | 117’ | Zurich Film Festival 2022

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