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Kabul, City in the Wind

Kabul, City in the Wind

Ce fut le dernier grand désir de Joris Ivens et Marceline Loridan que de filmer le vent. Invisible matière dont les effets sont des spectacles innombrables et des révélateurs incontestables d’états de la nature et du monde des hommes (Une histoire de vent, 1988). Le dernier désir en date du réalisateur afghan Aboozar Amini, né en 1985, formé à Amsterdam et Londres, auteur d’une dizaine de films depuis 2008, fut de faire le portrait de Kaboul balayée par les vents tumultueux gorgés de poussière. Il s’attache en particulier à Afshin et Benjamin, deux frères à l’orée de l’adolescence, qui ont un point de vue privilégié sur la capitale afghane, tout à la fois panoramique, qui prend la mesure de son étendue, et plongeant, à partir des hauteurs qui la dominent. C’est un long chemin, escalier escarpé, qui lie les quartiers pauvres d’en haut et le tissu urbain populeux d’en bas. Dès les premières images, les bourrasques tournoyantes semblent recouvrir la ville d’une fine toile grise, à valeur métaphorique de linceul.

L’histoire de la famille des deux garçons, de leur mère, du père militaire appelé à la quitter pour des engagements liés aux circonstances politiques, des parents éloignés, est racontée en écho à la grande histoire qui, au pied de la montagne, est le théâtre de violences meurtrières. L’intelligence d’Aboozar Amini consiste à tracer à l’intérieur de son récit son propre parcours : un travail opiniâtre permettant de prendre pied dans la ville. Il lui faut y descendre, puis remonter de cet enfer blanchi de poussières mortifères, afin d’esquisser l’ampleur de la tragédie. Le film donne une présence impressionnante à Afshin et Benjamin, adultes précoces parmi les protagonistes — voir leurs visages, leurs regards caméra, muets, face à face troublant avec le film et ses spectateurs. Ils sont aveuglés parfois, ébouriffés, par le harcèlement du vent dont les images et les sons témoignent d’une préoccupation anxieuse — une histoire habitée de mille histoires dont les habitants de Kaboul cherchent encore et toujours, en énergies et épuisements, à faire une utopie de paix.

 

First published: April 22, 2019

Kabul, City in the Wind | Film | Aboozar Amini | NL-JAP-DE-AFG 2018 | 88’ | Visions du Réel 2019 Nyon

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