Jim Queen
[...] Si l’analogie construite par le film avec la crise du SIDA n’est pas subtile, elle reste terriblement efficace. Le virus de l’Hétérose ne tue certes pas les hommes gays, mais il fait disparaître la culture queer, son histoire et sa communauté.
Text: Eugénie Bouquet
Après avoir contracté un nouveau virus qui rend les hommes gays hétérosexuels, l’influenceur de muscu Jim Parfait voit sa carrière risquer de s’effondrer. Ses abdos saillants disparaissent un à un ; il développe un intérêt soudain pour le football et sa meilleure amie commence à lui paraître particulièrement attirante. Déterminé à sauver sa réputation d’icône queer de la scène parisienne, Jim forme une alliance précaire avec Lucien, le fils de la ministre de la Santé à peine sorti du placard.
Après avoir fait ses débuts à Cannes en mai, le film rencontre un joli succès en festival et à l’international. Une histoire par les queers, avant tout pour les queers, qui fonctionne à la force de son humour et de ses personnages. Lucien est tout ce que Jim n’est pas : bourgeois, naïf, et bienveillant envers les sentiments des autres. Au contraire, Jim est un “gym queer”, un passionné de bodybuilding porté au jugement superficiel, là où Lucien est un “twink”, délicat, sensible et parfois méprisé pour ses comportements considérés comme efféminés. Le film s’appuie sur une connaissance populaire des archétypes queers masculins tout en prenant le temps d’explorer des aspects moins connus de la communauté, comme la relation entre queerness et fétichisme.
L’humour du film, quant à lui, ne sera pas au goût de tous : il oscille entre le sexuel et le scatologique. Cependant, il cherche toujours à honorer les membres de la communauté qu’il représente, sans les tourner en dérision. Par contraste, le film n’épargne pas les élites et le gouvernement français en les représentant non seulement comme indifférents au sort des hommes gays, mais s’arrangeant même bien de leur extinction.
Si l’analogie construite par le film avec la crise du SIDA n’est pas subtile, elle reste terriblement efficace. Le virus de l’Hétérose ne tue certes pas les hommes gays, mais il fait disparaître la culture queer, son histoire et sa communauté. Traitée ainsi, l’Hétérose permet de garder le ton du film relativement léger comparé à l’hécatombe historique laissée par le SIDA, tout en représentant l’absence soudaine laissée par les ravages de la maladie. Le résultat est un film fort et décapant qui prône autant la bienveillance que la résistance.
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Jim Queen | Animation Film | Nicolas Athané, Marco Nguyen | FR 2026 | 85’ | CH-Distribution: Praesens Film
First published: July 11, 2026