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J'ai perdu mon corps

J'ai perdu mon corps

C’est l’histoire de deux solitudes : celle d’une main, oui, une main coupée, se promenant toute seule sur ses doigts ; et celle de Naoufel, enfant puis adolescent, entre famille perdue et futur très incertain. Si la figure de Naoufel, par sa malchance quelquefois un peu forcée, embrasse la société des perdants, des faibles, des maltraités par la société — et ne peut que nous faire penser au Rémi d’Hector Malot en version contemporaine —, les aventures de la main qui s’échappe d’un laboratoire médical constituent certainement l’élément d’intérêt et d’originalité qui marque la dramaturgie autrement trop mélodramatique de J’ai perdu mon corps. La construction de l’entrelacs entre les deux histoires se fait avec lenteur, par un montage convaincant (car) assez ouvert.

Les films d’animation nous ont habitués à jouir de la liberté d’espace et mouvement, ici bien exploitée par Jérémy Clain dans le périple improbable de la main, contrairement au parcours plus réaliste de Naoufel. Mais c’est la liberté de mouvement dans le temps qui marque le récit filmique de J’ai perdu mon corps : nous nous retrouvons souvent à perdre plutôt les coordonnées temporelles, entre les flash-back — ou flash-forward ? — de Naoufel enfant/adolescent et une main qui se révélera plongée dans un futur destiné à se souder au présent de la partie finale du film. Dans ce puzzle temporel bien intrigant, c’est l’identité de la personne et de son caractère qui émerge avec encore plus de décision. Naoufel est fidèle à lui-même, à son corps ; l’histoire de ses malchances et de ses hésitations ne fait que mettre à l’épreuve et donc souligner l’intégrité de son âme, qui est également celle de son corps.

Ce n’est pas seulement par la beauté souvent romantique des dessins que J’ai perdu mon corps explore le registre de la sensualité. La main et sa perspective inhabituelle en sont aussi un vecteur, mais moins que le choix de cadrer les scènes depuis des points de vue improbables, avec une préférence pour les détails et donc pour la profondeur de l’image. Une si belle saga esthétique et une architecture cinématographique si importante ne feront alors que nous laisser un peu déçus face à la maigre qualité de l’histoire racontée, tachée de misérabilisme et soutenue par une histoire d’amour un peu conventionnelle. 

  

First published: October 11, 2019

J’ai perdu mon corps | Film | Jérémy Clapin | FR 2019 | 82’ | Zurich Film Festival 2019

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