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Elie Aufseesser | Pas de deux

Elie Aufseesser | Pas de deux

Filmexplorer a eu la chance de rencontrer Elie Aufseesser aux Journées de Soleure et discuter avec lui sur son premier film Pas de deux – et c’est la première interview que ce jeune talent donne…

[…] On pourrait dire que «Pas de deux» manie des sujets dramatiques à la Tintoret dans une fresque plurielle à la Bruegel. Et ainsi, il reflète dans la forme la structure de tension et de balance qu’ensemble, ses personnages dessinent : yin et yang, Narcisse et Goldmund, Apollon et Dionysos.

Pas de deux, oui, une danse à deux, deux frères. Mais les frères semblent constituer un seul organisme, non pas deux : pas de deux. Ou bien trois, avec leur mère, pas que deux ; et le grand-père, et la grand-mère, les amis, les collègues… Dans Pas de deux, Jon et Peter constituent les pôles d’un cosmos pluriel, et la caméra d’Elie Aufseesser orbite autour de ces deux pôles, tout en faisant des excursions exorbitantes. Il semble y avoir un principe de curiosité, d’exploration, derrière les choix de la caméra, dont l’orientation est déterminée par les situations chargées d’énergie, les moments d’action – avec une agitation qui rappelle les débuts d’un John Cassavetes. De quoi balancer le flux de paroles, les réflexions, l’introspection. Aufseesser sait traiter la vie bouillonnante des deux frères en gardant la bonne distance – et en épargnant (l’abus, si fréquent au cinéma) des gros plans. On pourrait dire que Pas de deux manie des sujets dramatiques à la Tintoret dans une fresque plurielle à la Bruegel. Et ainsi, il reflète dans la forme la structure de tension et de balance qu’ensemble, ses personnages dessinent : yin et yang, Narcisse et Goldmund, Apollon et Dionysos. L’un, plus réservé, est destiné à conquérir le monde ; l’autre, complètement tourné vers les autres et le monde, est destiné à se replier sur soi. Ce sont deux figures de la perméabilité, lesquelles sont encore une fois développées par la forme du film, car celle-ci est aussi perméable, au moins dans le sens qu’Elie Aufseesser exhibe, sans le cacher, à travers toute une série de registres stylistiques : narratif, expressif, associatif, subjectif, documentaire. Cependant, il ne s’agit pas d’un exercice de style, il n’y pas d’éclectisme, car ces registres sont toujours au service du développement dramaturgique, grâce au montage à la fois créatif et fluide de Fernanda Frotté, et tout simplement par le but documentaire du film, le portrait d’une famille spéciale.

Text: Giuseppe Di Salvatore | Audio/Video: Ruth Baettig

First published: January 29, 2022

Pas de deux | Film | Elie Aufseesser | CH 2022 | 84’ | Solothurner Filmtage 2022

Best «Opera Prima» at the Solothurner Filmtage 2022

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