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Closing Time | Nicole Vögele

[…] C’est l’occasion, pour nous, de réapprendre à nous observer nous-mêmes, de comprendre que l’observation est un travail d’écoute, davantage que de recherche.

[…] Il s’agit avec ce documentaire d’une expérience de familiarisation, de rapprochement vers l’humanité qui se cache derrière les néons de la nuit.

[…] Nous passons alors de l’expérience de la suspension du temps — chiffre typique de la nuit — à la (re-)construction d’un temps autre, où la nuit et le jour se trouvent invertis.

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Nicole Vögele observe Taipei, la nuit. Et c’est l’occasion, pour nous, de réapprendre à nous observer nous-mêmes, de comprendre que l’observation est un travail d’écoute, davantage que de recherche. Même si la thématique du travail nocturne se prête aux réflexions sociopolitiques — et nous avons le temps d’y réfléchir pendant les deux heures de Closing Time — le regard que le documentaire de Nicole Vögele jette sur les quelques ruelles choisies au milieu de Taipei, à Taïwan, ne cherche pas à construire un discours ou à démontrer une thèse. Si par ce film nous pouvons rejoindre le débat très à la mode aux États-Unis sur la relation entre la « normalisation de l’insomnie » et le dernier capitalisme (voir des auteurs comme David K. Randall, Matthew J. Wolf-Meyer, Jonathan Crary, R.M. Vaughan), ce n’est pas par la voie du reportage, mais par celle de l’expérience.

Oui, car la force de ce film dépourvu de véritables pics narratifs est dans sa capacité à nous plonger dans la nuit de Taipei par une expérience immersive, faite de gestes du quotidien et de la répétition de situations, lieux et personnes. Nous apprenons lentement à habiter ce coin représentatif de la métropole taïwanaise, à connaître ses travailleurs nocturnes, à le côtoyer comme si nous étions des collègues ou des habitués insomniaques. Il s’agit avec ce documentaire d’une expérience de familiarisation, de rapprochement vers l’humanité qui se cache derrière les néons de la nuit.

Mais Closing Time ne se limite pas à décrire une atmosphère urbaine, ou une Stimmung de l’âme. Par un extraordinaire travail de montage (Nicole Vögele et Hannes Bruun), nous faisons également l’expérience de la lente émergence de plusieurs lignes narratives, jusqu’à la construction d’une histoire qui se noue autour de la figure de monsieur Kuo, le cuisinier du petit restaurant nocturne. Nous passons alors de l’expérience de la suspension du temps — chiffre typique de la nuit — à la (re-)construction d’un temps autre, où la nuit et le jour se trouvent invertis. C’est donc un geste conséquent, par rapport à l’évolution narrative du film, que cette fin où Closing Time s’émancipe de la nuit : nous suivons Kuo et sa moto dans un voyage pendant la journée et en dehors de la ville. De cette façon, Kuo nous transporte de l’insomnie nocturne à la rêverie diurne, car le contraire d’une nuit de travail ne sera jamais une journée de sommeil, mais une dimension autre, brumeuse, métisse — comme l’est l’image de ce voyage final, qui confère une tonalité transcendantale et existentielle à ce documentaire. 


Text: Giuseppe Di Salvatore | Audio/Video: Ruth Baettig

First published: August 17, 2018

Closing Time | Film | Nicole Vögele | CH-DE 2018 | 116’ | Locarno Festival 2018, Cineasti del presente

Special Jury Prize Ciné+ Cineasti del presente, Cinelab Award at Locarno Festival 2018

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