Caravan
Text: Giuseppe Di Salvatore
Les vacances sont un moment privilégié, au cinéma, pour faire exploser les conflits, qu’ils soient familiaux ou autres. De ce point de vue, le film Caravan ne fait pas exception à ce trope cinématographique. Une mère et son enfant en situation de handicap sont accueillis à la mer, en Italie, dans une famille au paternalisme bienveillant mais aussi désespérément petit-bourgeois. La fuite avec une « caravane » qui symbolise également le passé libre de la mère, Esther – jouée par la star tchèque Anna Geislerova – lance un road movie dans l’été italien dont le parcours est aussi intérieur, grâce à une caméra qui nous place très proche des protagonistes, jusqu’à en sentir la respiration des corps. L’exploration de la tendresse et de la tension entre les deux personnages nous rapproche de David, le fils – un David Vostrcil étonnant dans sa capacité de jouer soi-même tout en accentuant les difficultés de sa situation.
À ce propos, l’expérience autobiographique de la réalisatrice, Zuzana Kirchnerova, est vraiment précieuse pour nous faire comprendre les détails concrets et émotifs des difficultés rencontrées. Mais ce n’est pas la seule force de cette histoire touchante qui peut compter sur l’intervention d’une troisième figure (Juliana Butrovska-Olhova), une femme libre et haute en couleur, qui intervient en guise d’ange gardien. Grâce à elle, la relation mère-enfant s’ouvre et permet au film d’approfondir la crise existentielle d’une mère dont le dévouement touche à ses limites, jusqu’à redécouvrir une marge salutaire d’égoïsme.
Malgré le fil rouge du road movie, la dramaturgie de Caravan demeure fragmentaire, quelque peu effilochée, un défaut apparent qui se révèle en réalité particulièrement juste pour à un récit qui ne veut pas déclarer un problème ou amener à une solution, mais plutôt exprimer une crise. Une crise qui devient errance émotionnelle, moment d’exploration d’un territoire existentiel nouveau, ou bien différent par rapport au fonctionnement désormais usé de la relation de soin. La liberté utopique incarnée par l’« ange » permet au récit de brouiller ses cartes, doucement et irréversiblement, vers une nouvelle dynamique de la relation maternelle et filiale.
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Info
Caravan | Film | Zuzana Kirchnerova | CZ-IT 2025 | 102’ | Black Movie Genève 2026
First published: February 02, 2026