Alea Jacarandas
[…] Hassan Ferhani livre un nouvel opus aussi économe que touchant. Il emmène le spectateur à la découverte de sa ville : Alger, au travers du regard aussi curieux qu’érudit de son père, écrivain.
[…] Réussir à porter de manière simple et captivante le geste d’écrire à l’écran est l’une des forces de ce film.
Text: Noémie Baume
Le fil rouge des explorations urbaines des deux complices n’est autre que la recherche des majestueux arbres à fleurs mauves que sont les jacarandas. Des déambulations ponctuées par des tête-à-tête révélant avec délicatesse tout à la fois la profondeur de leur relation et la richesse de leurs échanges intellectuels. Au-delà de la filiation, il est aussi question de transmission puisque c’est le père qui a mis dans les mains du fils sa première caméra. Le cinéaste semble aussi avoir reçu en héritage une manière d’être au monde pleine de curiosité et d’attention aux détails ainsi que le moyen de la partager : l’écriture.
Réussir à porter de manière simple et captivante le geste d’écrire à l’écran est l’une des forces de ce film. Il le fait à plusieurs niveaux : alors que le père termine la rédaction d’un roman, le processus d’écriture du film par le fils est présent en filigrane, ou de manière parfois explicite lorsque le réalisateur choisit avec une forme d’espièglerie totalement assumée de monter des plans où il demande à son père de reprendre son discours à un moment T, ou d’effectuer tel ou tel geste devant la caméra. À l’instar de ce qu’apportent ces séquences métas, ce sont les pistes de réflexion et les questionnements qui font le sel de ce récit.
L’un d’entre eux particulièrement pertinent soulevé par le père – et qui entre habilement en résonance avec les plans d’ouverture qui sont de ceux qui peuplent notre imaginaire collectif d’Européens à propos d’Alger la blanche – est ce qu’il nomme l’auto-orientalisme. Partant du concept développé par Edward Said dans son ouvrage éponyme de 1978, il soulève la question de la manière dont le regard des Occidentaux sur le Moyen-Orient influence en retour la manière dont les habitants de ces régions construisent leurs imaginaires et vivent ces espaces.
L’humain est la matière première de ce documentaire minimaliste, qui a trait autant au particulier de l’intimité du clan familial qu’à l’universel. En emmenant à sa suite le spectateur dans l’univers qui l’a vu grandir, qui est aussi celui des récits paternels des années de luttes et de guerre, ainsi que sa propre enfance vécue au cœur de la décennie noire des années 1990, le film n’a de cesse de soulever des questionnements sur l’art et la force de l’imaginaire comme moyen de résistance, l’exile ou encore la vie et sa finitude.
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Cinéaste algérien basé à Paris et grand habitué du festival où il a été mis à l’honneur en 2022 au travers d’une rétrospective et d’une masterclass, Hassan Ferhani est cette fois récompensé par le prix de la compétition Burning Light consacrée à des œuvres qui se démarquent en matière de langage cinématographique ou de narration.
Info
Alea Jacarandas | Film | Hassan Ferhani | FR-ALG 2026 | 78’ | Visions du Réel Nyon 2026
First published: May 02, 2026