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Ostatnia rodzina - The Last Family

[…] C’est un film pourvu d’un rythme jazz : les membres de la famille Beksiński jouent chacun leur solo dans un récit de famille qui dure plus de 30 ans, tandis que la maison a certainement le rôle du refrain, un refrain presque obsessif, une ligne de continuité qui pourtant se transforme dans le temps.

[…] Même si elle paraît débridée en interne, Jan P. Matuszynski peint l’institution de la famille dans sa solidité et tout son poids encombrant, plus précisément dans ce mélange spécial d’égalitarisme socialiste et de hiérarchie patriarcale qui a marqué la société polonaise.

(above) Discussion with the director and the crew of «Ostatnia rodzina» at Locarno (courtesy of Festival del film Locarno)

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Ostatnia rodzina (The Last Family) nous capture immédiatement, car c’est un film pourvu d’un rythme jazz : les membres de la famille Beksiński jouent chacun leur solo dans un récit de famille qui dure plus de 30 ans, tandis que la maison a certainement le rôle du refrain, un refrain presque obsessif, une ligne de continuité qui pourtant se transforme dans le temps. Il faudrait ajouter l’ascenseur, qui relie l’appartement des parents à celui du fils, figure évidente et maladroite de la distance intergénérationnelle. La technologie, la musique et la peinture constituent les trois piliers par lesquels nous enregistrons l’évolution et les changements de l’histoire : la petite histoire d’une famille à sa façon exceptionnelle, et la grande histoire de la Pologne contemporaine.

En effet, une grande vertu de ce film est sa capacité de nous parler de toute une société et da sa récente transformation historique tout en racontant une histoire très particulière, avec des personnages explicitement hors-norme. Un père artiste, un fils psychologiquement troublé, une mère mère — et les deux grands-mères presque muets, reliquats d’un passé à peine présent. Si le père incarne une tolérance mêlée d’un profond égocentrisme, le fils alterne un habit de dépendance et des explosions de rébellion : une alternance qui trouve son pendant chez la mère, notamment dans sa disponibilité servile et son besoin de contrôle à la fois.

Même si elle paraît débridée en interne, Jan P. Matuszynski peint l’institution de la famille dans sa solidité et tout son poids encombrant, plus précisément dans ce mélange spécial d’égalitarisme socialiste et de hiérarchie patriarcale qui a marqué la société polonaise. Une institution destinée à s’écrouler, plus par implosion que par les effets des changements extérieurs. Pendant que les manières de la peinture de Zdzisław Beksiński changent, ensemble avec la musique écoutée par les fils Tomasz et les appareils technologiques qui habitent la maison des Beksiński, la mort gagne les deux grands-mères, puis la mère, et finalement Tomasz lui-même, avec un suicide si souvent tenté. Par contre, il faudra un assassin pour assommer le père Zdzisław, bastion de bon humour de cette institution familiale.

Oui, car l’humour constitue certainement l’ingrédient essentiel qui soutient un film parfois suffoquant, à l’image de l’institution sociale qui a toujours soutenu la Pologne elle-même. Le film s’ouvre et se clôt par une interview tardive — ultime — de l’artiste Zdzisław Beksiński, qui revendique la vérité de ce qu’il appelle “métaréalité”. Et c’est justement ici, dans un réalisme qui sait exprimer le vrai et l’invraisemblable en même temps, que se cache la force secrète de Ostatnia rodzina.

Text: Giuseppe Di Salvatore
First published: August 11, 2016

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