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Louise en hiver

[…] Un film sur la vieillesse et la solitude, sur la mémoire et le bonheur, sur le bonheur dans la solitude, sur la mémoire de la vieillesse, sur le bonheur sans mémoire.

[…] À travers le regard de Louise, nous plongeons dans une perspective où les petites choses, les petits gestes, s’allient naturellement aux grandes questions existentielles.

Jean-François Laguionie est capable de nous tenir collés à l’écran avec l’histoire d’une vieille dame, Louise, qui se retrouve complètement seule dans un village de Bretagne, lequel est abandonné pour de longs mois par les touristes qui ne l’habitent que quelques jours par an. Un film sur la vieillesse et la solitude, sur la mémoire et le bonheur, sur le bonheur dans la solitude, sur la mémoire de la vieillesse, sur le bonheur sans mémoire. Pour la réussite d’un film pareil, on pourrait mentionner l’efficace performance de Dominique Frot, qui donne sa voix à Louise, ou bien les magnifiques et simples dessins aux couleurs pastel qui peignent la mer et le sable plus que la ville ou d’autres éléments urbains ou sociaux.

Peut-être est-ce justement là le secret du fonctionnement d’un film où il se passe si peu de choses : Laguionie semble fasciné, voire hypnotisé — et nous avec ses animations — par la nature marine, laquelle constitue vite un point de vue presque désincarné d’où contempler les affaires humaines, les vies. L’artiste français met en scène une précise distance au monde, qui n’est rien d’autre que la distance que la vieillesse sait apporter. À travers le regard de Louise, nous plongeons dans une perspective où les petites choses, les petits gestes, s’allient naturellement aux grandes questions existentielles. Dans Louise en hiver nous retrouvons la beauté du tout petit et du grand à la fois : un énorme soin est accordé aux détails, dont l’expressivité passe par l’incroyable vraisemblance des petits bruits et des petits gestes — et ici il faudra louer la virtuosité de l’équipe des animateurs sous la direction artistique de Lionel Chauvin ; en même temps, ce sont les grands espaces de la nature qui occupent continuellement l’écran. Il s’agit ainsi d’une coexistence heureuse de réalisme et surréalisme ; et cela vaut autant pour le style que pour l’histoire.

Si une bonne première partie du film consiste à décrire, de façon assez réaliste, la stratégie de survie et de reconstruction du quotidien de Louise, dans laquelle elle retrouve une liberté et une insouciance presque oubliées, le film se développe par toute une série d’explorations et de réflexions de la part d’une dame dont le futur se profile comme un horizon toujours plus flou et indéterminé. Dans le contexte de ce développement un peu surréel, l’entrée en scène du vieux chien — qui, il faut le souligner encore une fois, est magistralement animé — redonne une structure narrative à l’histoire, qui en même temps s’enrichit de tout un chapitre dédié aux rêves et aux mémoires de l’enfance/jeunesse de Louise. Si la découverte de son passé enrichit le profil du personnage, la légèreté avec laquelle elle accueille ses souvenirs rêvés transfigure le passé en un territoire meuble où les sensations comptent plus que les événements et les faits.

Le film se termine par le retour désormais inattendu des gens, des touristes. Les scènes de la société urbaine en vacances ouvrent et ferment le film ; mais la circularité est seulement apparente, car l’expérience de Louise pendant toutes les saisons au village abandonné ne décrit pas un tour, un parcours qui revient au point de départ. Non, Louise n’a pas été une « touriste », elle s’est libérée dans le bonheur de la solitude, qui est un bonheur fait d’oubli, fait d’une distance désormais irrécupérable avec le monde, voire d’une sereine complicité avec la mort. Nous, spectateurs urbains, pouvons aimer ce film en tant que touristes de l’écran, en tant que temporaires visiteurs de la mer et da sa solitude, du petit et du grand qui s’y mélangent, en tant qu’enquêteurs de la vieillesse comme si elle était un objet exotique. Ou bien, nous pouvons assumer le voyage de Louise, dont l’hiver et sa beauté rêveuse parlent d’un paysage effectivement autre, quelquefois métaphysique, quelquefois réduit à un petit instant de bonheur.

Text: Giuseppe Di Salvatore

First published: September 13, 2017

Louise en hiver | Film | Animation | Jean-François Laguionie | FR 2016 | 76’ | Fantoche Baden 2017

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