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Gaz de France

[…] Ce qui devrait être le vrai problème pour la France n’est pas thématisé comme tel, mais plutôt présupposé et donc véhiculé : l’obsession pour le président, un président père, un président roi (nostalgie de l’empereur ?), lumière et référent ultime de toute une nation.

On pourrait dire que le film Gaz de France manque un peu de combustible. Peut-être est-ce parce qu’il s’agit d’un film de parole, presque d’une pièce de théâtre, dans un style “tout parlé” typiquement français. L’absurdité de la situation, qui prend place dans un futur très proche, intrigue au début. Mais les jeux sont faits très vite, car nous nous retrouvons sous peu avec une dizaine de personnages bien typés, voire clichés. Et voilà la faiblesse : le jeu est trop stéréotypé pour dessiner un récit vraisemblable, et trop timide pour produire un vrai conte fantastique. En se plaçant entre-deux, le film déroule une critique assez prudente de la société française : sur la politique, l’image publique et la manipulation des masses, le sarcasme de Monsieur Frogeard ne va jamais trop loin, il corrode seulement la surface. Car au fond, ce qui devrait être le vrai problème pour la France n’est pas thématisé comme tel, mais plutôt présupposé et donc véhiculé : l’obsession pour le président, un président père, un président roi (nostalgie de l’empereur ?), lumière et référent ultime de toute une nation. D’une prise de distance face à ce royalisme caché, si français, il n’y a nulle trace. On en reste à déplorer l’inconsistance hollandiste du président, et à rêver d’un président restauré et, évidemment, restaurateur de la Nation. En 2020 Louis XIV est, hélas, encore vivant.

Text: Giuseppe Di Salvatore
First published: May 03, 2016

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