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François Truffaut - Passionnément

[…] Un cadre d’archéologie industrielle, qui sent encore le celluloïd, se prête magnifiquement à une reconstruction désormais archéologique (à plus de 30 ans de sa mort) d’un auteur mythique de l’histoire du cinéma.

[…] Devrait-on dire que l’exposition « François Truffaut – Passionnément » a retenu la leçon du maître en organisant pour les cinéphiles une “chambre verte” passionnément dédiée à l’amour d’un cinéma qui (peut-être) ne reviendra plus ?

Heureusement, c’était une très belle journée. Pour rejoindre la Fondation APCd avec les transports publics, il faut marcher une vingtaine de minutes sur la route principale pour Marly en descendant vers la rivière au milieu des pâturages. Le temps de réfléchir à ce grand saut que l’exposition parisienne a fait jusqu’au milieu de la campagne suisse. Qu’est-ce il aurait dit, Monsieur Truffaut, ce grand conteur de la vie urbaine, de se retrouver honoré parmi les vaches suisses ? Bon, il aurait été certainement intrigué par les lieux de la Fondation APCd, qui occupent un des bâtiments désaffectés de la Ilford. Un cadre d’archéologie industrielle, qui sent encore le celluloïd, se prête magnifiquement à une reconstruction désormais archéologique (à plus de 30 ans de sa mort) d’un auteur mythique de l’histoire du cinéma. C’est un véritable coup de génie de la part des imaginateurs de ce transfert suisse de l’exposition « François Truffaut — Passionnément ». Dans deux couloirs sombres, on découvre plusieurs petites salles qui offrent une multitude des coins doucement éclairés : chacun est une étape dans le monde du cinéaste, toujours dans une pénombre qui synthétise parfaitement — presque programmatiquement — ce nouveau lieu intermédiaire entre le black box et le white cube qu’est l’espace d’exposition des films et de leurs auteurs. Dans ce cadre hautement suggestif, on apprécie le bon équilibre entre informations et sensations, entre matériau d’archive et projections de films : une sobre quantité d’éléments d’exposition permet une visite agréable, d’un peu plus d’une heure — le temps standard d’un film. Ceci constitue une véritable réussite pour une exposition autour des films, de telles expositions se trouvant fréquemment face au problème du temps de visite.

Certes, notre visite a pu procéder d’une façon relativement expéditive aussi car nous n’avons pas le plaisir un peu fétichiste de l’objet personnel, du document d’époque, de la photo qui rassemble les grands hommes et femmes d’une histoire de cinéma désormais faite de mythologie. Oui, l’exposition est un peu affaiblie par l’omniprésence d’objets d’époque enfermés dans des vitrines : ils nous semblent symboliser la mauvaise voie dans laquelle s’achemine le cinéma classique, c’est-à-dire la voie d’une muséalisation nostalgique. Dans les vieux locaux de la Ilford, « François Truffaut – Passionnément » met en scène l’archéologie des ruines du cinéma, avec un goût quelquefois nécrophile. En effet, il y aurait de quoi légitimer un tel choix, si l’on songe que Truffaut lui-même, dans La chambre verte, avait “passionnément” défendu les droits d’un deuil sans évolution, fidèle à l’unicité d’une passion vécue dans le passé. Devrait-on dire que l’exposition « François Truffaut – Passionnément » a retenu la leçon du maître en organisant pour les cinéphiles une “chambre verte” passionnément dédiée à l’amour d’un cinéma qui (peut-être) ne reviendra plus ?

Non, il s’agirait d’un jugement trop sévère. Même si l’on sort de l’exposition sans avoir fait de grandes découvertes, les extraits des films de Truffaut parsemés dans les salles donnent certainement envie de plonger de nouveau dans ses récits, dans ses images, dans ses dialogues. La pénombre des films exposés, dans ce cas, a alimenté l’envie d’un retour au noir de l’immersion cinématographique.

Text: Giuseppe Di Salvatore

First published: May 19, 2016

François Truffaut – Passionnément | Exhibition | Fondation APDc, Marly


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