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Coma

[…] Au féminin, nous découvrons le visage caché de la guerre, dont la douleur la plus aiguë se révèle être le manque de perspective, la suspension dans un présent sans futur.

La guerre n’est pas seulement faite d’action et de violence physique. Elle est également faite d’attente, et d’enfermement. Sara Fattahi nous plonge dans la guerre de Syrie de trois femmes recluses dans leur appartement. Trois femmes, trois générations : la grand-mère pleure la perte de son homme, la mère veut oublier son mari, la fille écrit des emails à son amoureux exilé. L’homme est dehors, absent. La sécurité est absente, le pouvoir est absent. Et dans le deuil intime des hommes, Fattahi peint indirectement la femme syrienne, à travers trois générations qui racontent l’évolution de son rôle social. Au féminin, nous découvrons le visage caché de la guerre, dont la douleur la plus aiguë se révèle être le manque de perspective, la suspension dans un présent sans futur.

L’expérience de Coma est d’abord faite de sensations, qui résonnent d’autant plus que nous nous retrouvons dans une famille syrienne qu’on imagine avoir été aisée. C’est une expérience faite d’une atmosphère spéciale, où l’intime des premiers plans sur la mère et la grand-mère alterne avec la violence de l’extérieur, qui est filtrée exclusivement par la télévision. Des films classiques aux journaux télévisés, nous n’entendons que des conflits, pendant que les trois femmes cherchent à supporter un quotidien d’ennui et désespoir. Le récit filmique est consciemment répétitif, insistant, obsessionnellement vide d’action ; mais il est également capable de ruptures, avec des coupures violentes dans le montage, et de quelque brin d’espoir, surtout dans les moments de communication, voire, peut-être, dans les larmes.

Coma est un film difficile, mais important, car il restitue une réalité des guerres d’aujourd’hui qui est souvent inexprimée : la perte d’horizons, la restriction aux quatre murs — murs qui protègent, mais qui sont finalement eux aussi menacés — donc à sa propre intériorité. Là, chez soi, c’est la guerre la plus difficile, peut-être, dans le paradoxe d’être condamné à la fois à un futur volé et à une attente impuissante.

Text: Giuseppe Di Salvatore
First published: May 18, 2016

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