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Baden Baden

[…] C’est justement cette combinaison d’images expressives, condensées, elliptiques, et de descriptions détaillées du réel, qui constitue la personnalité filmique de cette jeune cinéaste, laquelle mélange élégamment drame, comédie, et cinéma du réel.

Bruxelles, Strasbourg : au cœur de l’Europe, on ne retrouve pas les grands enjeux politiques d’aujourd’hui, mais Ana, une jeune femme qui semble être une jeune fille, perdue entre affections et manque de motivation, entre recherche de solidité et faiblesse. Ana, qui se tient loin des grands engagements, qui balance entre famille et petits boulots occasionnels, parle bien de toute une génération, entre 20 et 30 ans, une génération spécifiquement européenne.

Il serait difficile de faire le synopsis de Baden Baden, car il se passe beaucoup de choses et presque rien du tout. En effet, l’histoire d’Ana tourne autour de ses liaisons sentimentales : sa grand-mère, son meilleur ami, son ex-copain, sa mère, une nouvelle amie, un jeune soupirant sans espoir, une dernière rencontre pleine d’espoir. Les figures autour d’elle dessinent les options de sa vie suspendue entre l’indécision et les possibilités. Et le style narratif de Rachel Lang est également fait de suspensions, de possibilités, de tableaux qui restent ouverts, en préférant l’allusion à la déclaration. En même temps, le récit reste toujours frais, aussi grâce à sa grande adhérence à la réalité, et à quelques touches d’humour. C’est justement cette combinaison d’images expressives, condensées, elliptiques, et de descriptions détaillées du réel, qui constitue la personnalité filmique de cette jeune cinéaste, laquelle mélange élégamment drame, comédie, et cinéma du réel. En tant que spectateurs, nous sommes donc entre la découverte de l’histoire et l’imagination de ce qui n’y est pas dit, dans un va-et-vient intrigant.

Baden Baden est un film qui sait utiliser la légèreté et le divertissement pour parler d’une façon réaliste de la jeunesse, de la difficulté à trouver son rôle dans la société, de la famille, de la condition de la femme. Au début du film, Ana – jouée par une excellente Salomé Richard – propose à sa grand-mère de l’amener aux thermes de Baden Baden ; bien sûr, c’était une blague, c’était pour rire. Mais tout le film se tient justement ici : entre les rêves qu’on ne prend pas au sérieux et, à la fin du film, un flirt pris à la légère, né presque par erreur, qui devient sérieux.

Text: Giuseppe Di Salvatore
First published: May 28, 2016

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